Exploitation des forêts

J'ai grandi dans les forêts de la Colombie-Britannique.

Je m'allongeais par terre et regardais la cime des arbres. Ils étaient immenses. Mon grand-père était débardeur et choisissait les cèdres à couper dans les forêts primitives. Il m'a appris à voir le calme et la cohérence des forêts. J'ai suivi les traces de mon grand-père.

Lui et moi avions cette curiosité envers les forêts et pendant que mon grand-père creusait dans le sol de la forêt, je regardais les racines qui m'ont fascinée.




Je voulais en savoir plus. J'ai donc étudié la sylviculture.





photo forêt cimes arbres

Mais je me suis vite retrouvée à travailler avec des gens de pouvoir, responsables de l'exploitation. L'ampleur de la coupe des forêts était alarmante et j'étais en désaccord avec le rôle que j'y jouais. Ce n'était que cela : la pulvérisation et la coupe des trembles et bouleaux pour faire de la place à des pins et sapins ayant plus de valeur commerciale.

Je suis retournée à l'école et j'ai étudié mon autre monde. Les scientifiques venaient de découvrir in vitro dans un laboratoire que la racine d'un plant de pin pouvait transmettre du carbone à la racine d'un autre plant. Je me demandais si c'était aussi vrai dans les forêts.



photo forêt arbres

La recherche








Les expériences au fin fond de la forêt.






J'ai cultivé 80 répliques de 3 espèces : du bouleau à papier, du pin de Douglas et du cèdre rouge de l'Ouest. J'ai injecté dans les sacs l’isotope traceur. Dans le sac du bouleau, j'ai injecté du carbone 14, le gaz radioactif. Pour le pin, j'ai injecté l'isotope stable, le gaz de carbone 13 carbone dioxyde. J'ai utilisé deux isotopes car je me demandais si la communication était bidirectionnelle entre les deux espèces.

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J'ai attendu une heure pour que les arbres absorbent le CO2 par photosynthèse, le transforment en sucres, l'envoient à leurs racines et, peut-être, c'était une hypothèse, transmettre ce carbone à leurs voisins, par le sous-sol. J'ai vérifié les 80 répliques. Les preuves étaient bien là. Le C-13 et le C-14 me montraient que le bouleau à papier et le pin de Douglas avaient une conversation bidirectionnelle vivante. Pendant l'été, le bouleau envoyait plus de carbone au pin que le pin n'en envoyait au bouleau, surtout si le pin était ombragé. Dans les expériences suivantes, c'était le contraire, le pin envoyait plus de carbone au bouleau que le bouleau n'en envoyait au pin car le pin grandissait encore alors que le bouleau n'avait plus de feuilles. Les deux espèces étaient interdépendantes.



photo forêt arbres champignon
Comment le bouleau et le pin communiquent-ils ?

Ils conversent dans la langue du carbone, mais aussi avec du nitrogène, du phosphore, de l'eau, des signaux de défense, des produits chimiques alléliques et des hormones. Avant, les scientifiques pensaient que la symbiose souterraine mutualiste, mycorhize, était impliquée. La mycorhize signifie « racine champignon ». On voit ses organes reproductifs en forêt, ce sont les champignons. De leurs pieds sortent des filaments fongiques formant un mycélium qui infecte et colonise les racines de tous les arbres et plantes. L'interaction des cellules fongiques et des racines est un lieu d'échange de carbone pour les nutriments et ce champignon obtient ces nutriments en grandissant dans le sol. Le réseau est si dense qu'il peut y avoir des centaines de kilomètres de mycélium en l'espace d'un seul pas. Le mycélium connecte différents individus dans la forêt, non seulement ceux de la même espèce, mais aussi entre différentes espèces, comme le bouleau et le pin.

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Dans une forêt, il y a des arbres concentrateurs : les arbres mères. Nous les appelons ainsi, car ils nourrissent les jeunes arbres, ceux qui poussent dans les sous-bois. Un arbre mère peut être connecté à des centaines d'arbres. Grâce à nos expériences, nous savons que les arbres mères envoient leur excès de carbone aux plus petits plants via le réseau mycorhizien. Nous estimons que cela augmente les chances de survie des plants par quatre.



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Perturbation massive

En 2014, l'Institut des Ressources Mondiales a rapporté que le Canada, avait le taux de perturbation des forêts le plus élevé du monde. Cela affecte les cycles hydrologiques, dégrade l'habitat sauvage et réémet des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, ce qui entraîne plus de perturbations et de dépérissement d'arbres.


Comment pouvons-nous renforcer les forêts ?

Au lieu d'affaiblir nos forêts, nous pouvons les aider avec le changement climatique. Les forêts ont une capacité gigantesque à se guérir seules. Nos expériences ont montré que la coupe par trouées, la rétention des arbres concentrateurs et la régénération à une diversité d'espèces, de gènes et de génotypes, permet à ces réseaux mycorhiziens de s'en remettre rapidement. Avec cela en tête, je vous donne quatre solutions simples.



Nous devons tous aller en forêt.

Nous devons rétablir l'implication locale dans nos propres forêts : une bonne intendance des forêts requiert la connaissance des conditions locales.

Nous devons sauver les forêts primitives.

Ce sont des recueils de gènes, d'arbres mères et de réseaux mycorhiziens. Cela signifie moins de coupe. Je ne dis pas pas de coupe, mais moins.

Nous devons défendre l'environnement.

Quand nous coupons, nous devons sauver l'héritage, les arbres mères et les réseaux, le bois et les gènes, pour qu'ils puissent transmettre leur sagesse à la prochaine génération.

Nous devons régénérer nos forêts avec une diversité d'espèces.

En plantant et en permettant la régénération naturelle. Nous devons donner à Mère Nature les outils nécessaires afin qu'elle puisse, grâce à son intelligence, se guérir. Nous devons nous souvenir que les forêts ne sont pas un tas d'arbres en compétition, ils sont en coopération.